La faillite de Facebook

Connaissez-vous le moteur de recherche le plus populaire après Google? Cela pourrait être une question de quizz, mais ce n’en est pas une. La réponse est YouTube. Le site de vidéos ne recherche que des vidéos, mais il n’y a pas de quoi en faire un drame. Ces derniers mois, YouTube est engagé dans une course au coude à coude avec Yahoo! pour décrocher la médaille d’argent. MSN de Microsoft suit à une certaine distance.
YouTube a beau attirer un public gigantesque, il n’en est pas moins pour moi une véritable catastrophe financière. Depuis que Google a repris le site de vidéos il y a deux ans, la société n’a pas encore réussi à maîtriser les coûts. Mieux encore: grâce à YouTube, la société mère voit chaque jour 1,2 million d’euros partir en fumée. Outre le stockage, la puissance informatique et la largeur de bande, Google dépense une somme colossale en droits pour le contenu vidéo de sources comme Sony et CBS.
Même son de cloche chez Facebook, cet autre timonier Web 2.0. Il fait lui aussi un carton dans les médias et auprès du public. On a par exemple récemment fêté le 200 millionième utilisateur Facebook. Ce qui en fait la 5e plus grande nation au monde, ai-je lu dans le journal. Plus grande que le Brésil, le Japon ou la Russie. Alors qu’il a fallu 200 milliards d’années pour que la civilisation humaine atteigne les 200 millions d’êtres humains, Facebook y est arrivé en cinq ans.
Lorsque je me trouvais à Silicon Valley l’été dernier et plus précisément à Palo Alto, le berceau de Facebook, un habitant du quartier m’a par hasard mis sous le nez une pétition. “Car il faut que cette société IT arrête de s’approprier toutes les places de parking dans notre quartier, vous ne trouvez pas?” Et de me demander si je voulais bien apposer ma signature – en bas à droite.
Facebook n’a pas seulement dépassé les limites en matière de place de parking. Au niveau économique, c’est une catastrophe encore plus grande que YouTube. Voici quelques jours, Business Week annonçait encore que la société avait besoin de 100 millions d’euros de toute urgence, après avoir déjà obtenu plus d’un demi-milliard durant ces derniers mois. Juste au moment où le CFO quitte l’entreprise. Pas vraiment ce que l’on pourrait appeler un signal prometteur.
En théorie, Facebook réalise pourtant des bénéfices. D’après le modèle appelé EBITDA s’entend, donc sans tenir compte de détails superflus comme les intérêts et les amortissements. Alors que pour un site de réseau de ce type, ils atteignent évidemment des sommets. Ces 100 millions que le site de réseau quémandait devaient par exemple servir à payer ses serveurs.
En 2007, Facebook avait été évalué à 15 milliards de dollar, lorsque Microsoft y avait pris une petite participation. Mais c’est du passé. Aujourd’hui, le modèle d’affaires du site est, le moins que l’on puisse dire, discutable et les revenus publicitaires négligeables. En réalité, Facebook fait tellement de pertes que même un cadre supérieur de chez Fortis en ouvrirait de grands yeux.
La bonne vieille PME belge pourrait donc bien encore forcer l’admiration. Elle est (page XX) peut-être conservatrice et pas encore assez Web 2.0. Mais elle est aussi pragmatique et même assez rentable en général. Notre pays, comme on le dit souvent, est soutenu par ses PME. Le moteur de notre économie. Notre espoir en période de crise. Qu’elles tiennent bon, aurais-je envie de dire. Et qu’elles ne s’inspirent pas trop de ces sociétés Web 2.0 à succès.










