Les gars de la pub

“Ils peuvent me présenter n’importe qui du moment que ce ne soit pas un marketing boy”. Un de mes collègues part la semaine prochaine en voyage de presse. Il parcourt en soupirant la liste des interlocuteurs possibles. Car les journalistes que les sociétés envoient en reportage doivent maintenir la cadence et l’attention. Il s’agit donc d’effectuer plusieurs interviews avec plusieurs dieux locaux même si ceux-ci font partie du département marketing.
Il existe parmi les journalistes une profonde méfiance pour tout ce qui touche au marketing et à la publicité. Je le constate aussi auprès de mes collègues. Je sais que certains d’entre eux préféreraient encore interviewer le plus autiste des Chief Technology Officer (CTO) que de s’asseoir à une table avec le marketing manager de la société X ou Y. Que ce CTO soit incompréhensible, voire même très fréquemment insupportable n’y fait rien. Tout sauf des marketing boys.
Les clichés qui circulent à propos des marketing managers, également parmi les informaticiens, ne se comptent d’ailleurs pas sur les doigts d’une seule main. Les gars de la pub font tout leur possible pour vous séduire. Chaque conversation ou interview tend rapidement vers un sales pitch. Ils portent parfois des lunettes bizarres et sont tirés à quatre épingles. Ils passent leur temps à faire de coûteux repas et à concocter des budgets pour lesquels ils ne doivent (ou peuvent) de toute façon pas se justifier.
Personnellement, je trouve que cela n’est pas toujours aussi terrible. J’ai réalisé ces derniers mois quelques excellentes interviews avec des gens du marketing qui n’ont absolument pas tenté de me vendre quoi que ce soit. Un point sur lequel nous nous étions préalablement mis d’accord. Ce magazine est du reste l’une des rares publications IT professionnelles qui non seulement écrit pour les gens du marketing (quelle audace), mais qui inscrit également des thèmes marketing à son agenda.
Pour m’aventurer complètement sur un terrain glissant: je suis d’avis qu’un secteur comme celui de l’IT mérite tout simplement davantage de marketing. Dans le secteur privé, il existe aujourd’hui une règle affirmant simplement qu’une société ou un produit n’existe pas si on ne communique pas à son sujet. Le matériel, les logiciels, la sécurité, les télécoms ou les services IT n’y dérogent pas, que du contraire. Tout comme un département IT au sein d’une entreprise doit également vendre sa marchandise et son expertise.
Il y a encore d’autres raisons pour lesquelles le marketing et l’IT vont main dans la main. Je l’ai compris lorsque j’ai récemment vu les résultats d’une étude sur la perception des marketing managers lors d’une conférence de presse de l’agence publicitaire Ogilvy. J’ai vu clairement indiquées sur ces belles dias PowerPoint, les mêmes reproches que l’on adresse aussi aux informaticiens: projets qui déraillent au niveau du délai et du budget, remise en question du return of investment, intérêt un peu trop marqué pour les gadgets et usage intensif d’un jargon professionnel.
Bref, l’IT et le marketing ont peut-être bien plus de choses en commun que ce que vous et moi pourrions supposer. Ou qu’ils voudraient bien l’admettre. Peut-être que tout se passe très bien entre les informaticiens et les gars du marketing. Tant que nous ne devons pas les interviewer.











