Un téraoctet par personne

Une fois par an, la rédaction attend avec impatience le nouveau livre de Fred Moore. Ce nom ne vous dit probablement rien, mais Moore est l’un des plus éminents experts en technologie de stockage. Tapez ‘Fred Moore’ sur Google et vous verrez apparaître son site Web tout en haut. Plus haut que la page Wikipedia qui énumère cinq autres Fred Moore, dont un boxeur connu et le créateur de Mickey Mouse.
Hélas, cette année, nous n’avons pas reçu la bible du stockage de Fred Moore. Mon collègue a encore tenté le coup, lorsqu’il était en pleine rédaction de notre guide storage for dummies. C’est dommage, car on y trouve toujours de nombreuses informations intéressantes. C’est notamment grâce à Moore que nous avons appris que 5 mégaoctets, cela équivaut à l’œuvre complète de Shakespeare. Que 5 gigaoctets correspondent à un film DVD et que 200 000 téraoctets, c’est l’équivalent numérique de tout le matériel imprimé au monde. Mais il analysaitt aussi plus profondément d’autres technologies sophistiquées comme la récupération de données et la virtualisation, pour n’en citer que deux.
Moore abordait de façon claire des sujets arides comme le stockage, ce qui n’est pas une sinécure, croyez-moi. De très nombreux professionnels que nous interviewons éprouvent les pires difficultés à le faire et n’y arrivent pas sans utiliser leur propre jargon technique. Cela me fait toujours penser à mon ancien prof de comptabilité. Il pouvait alors lui aussi tenir en haleine un amphithéâtre tout entier avec ce qu’il y avait finalement de plus barbant à apprendre sur les bancs de l’université.
Et il y a encore un autre homme qui a popularisé la technologie du stockage: Gordon Bell, un chercheur de chez Microsoft, qui arrive lui aussi en tête des résultats de Google lorsque l’on tape son nom. Gordon Bell est surtout connu pour sa remarquable initiative, qu’il a lancée au moment du changement de millénaire: il a tenté de sauvegarder toutes les informations qu’il produisait ou qu’il recevait: livres, musique, conversations téléphoniques, photos, etc. Pour en arriver quelques années plus tard à la conclusion que chaque personne vaut en moyenne un téraoctet ou mille gigaoctets de données numériques.
Si je calcule bien, la numérisation générerait alors par être vivant un total de 6,6 milliards de téraoctets, soit 6,2 zetaoctets en stockage, soit beaucoup plus que ce qui serait actuellement disponible à l’échelle mondiale. Car il est écrit dans les étoiles que nous conserverons de plus en plus de données à l’avenir. Nous en devenons aussi de plus en plus dépendants. Le stockage est, tout comme la sécurité du reste, un mal nécessaire: on préfère ne pas y penser, mais lorsque l’on en a besoin, mieux vaut que tout soit en ordre.
Ces dernières années, l’intérêt pour le stockage a augmenté en raison du problème croissant lié à la disponibilité immédiate des données d’une part et des obligations légales en matière d’archivage, d’autre part. Autrement dit: vu les réglementations sans cesse plus nombreuses, les entreprises doivent conserver plus de données et plus longtemps.
La culture de l’image joue elle aussi un rôle important dans le big bang numérique. Les images, animées ou non, représentent déjà maintenant la majeure partie de l’univers numérique. Elles sont créées par un peu plus d’un milliard d’appareils, allant des appareils photo et scanners médicaux aux GSM avec appareil photo. Nous apparaissons de plus en plus à l’écran et nous créons de plus en plus d’images numériques. Mais ne vous faites pas d’illusions: cela ne changera pas de sitôt.













